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Comprendre la formule du trinôme CNR

Trois termes, trois unités d'œuvre : la formule du Comité National Routier est la base reconnue de tout calcul de coût de revient. La voici, pas à pas, avec un exemple chiffré.

Pourquoi trois termes, et pas un prix au kilomètre

La tentation de tout ramener au kilomètre est compréhensible : un seul chiffre, facile à comparer, facile à négocier. Le problème, c'est que la moitié des coûts d'un véhicule ne dépend pas des kilomètres. Le conducteur est payé à l'heure de service. L'amortissement, l'assurance et la structure tombent chaque jour, que le camion roule ou non. Le Comité National Routier (CNR), l'observatoire économique de référence du transport routier français, a donc formalisé une méthode à trois unités d'œuvre :

coût de revient = (CK × kilomètres) + (CC × heures de service) + (CJ × jours)

Chaque terme capture une réalité différente de l'exploitation. C'est ce découpage qui rend la méthode juste sur tous les profils d'opération : la longue distance qui avale les kilomètres, la distribution qui consomme des heures, le TP qui occupe des journées.

Le découpage révèle aussi une chose que le prix au kilomètre cache : votre premier poste de coût n'est pas le gazole. Dans les pondérations publiées par le CNR pour 2026, un ensemble articulé longue distance se décompose en 29,5 % de conducteur contre 20,9 % de gazole ; en ajoutant les frais de déplacement, l'humain atteint 36,2 %. Sur un porteur régional l'écart est encore plus net : 41,4 % de conducteur pour 16,9 % de gazole, soit deux fois et demie. Une hausse de 5 % du salaire conventionnel coûte donc plus cher qu'une hausse de 5 % du gazole, alors que la première passe inaperçue et que la seconde déclenche des réunions.

Étape 1 : Construire son CK, le terme kilométrique

Le CK regroupe tout ce qui s'use en roulant, exprimé en euros par kilomètre :

CK = (consommation / 100) × prix du gasoil HT + pneus €/km + entretien €/km

  • Carburant : la consommation réelle de VOTRE exploitation (l'ordinateur de bord la connaît), multipliée par le prix du gasoil professionnel hors TVA, après récupération partielle de TICPE. Exemple : 32 L/100 × 1,50 €/L = 0,48 €/km.
  • Pneumatiques : budget pneus annuel divisé par les kilomètres annuels. Ordre de grandeur 40 t : ~0,04 €/km.
  • Entretien-réparations : factures atelier + contrats de maintenance, ramenés au kilomètre. Ordre de grandeur 40 t : ~0,11 €/km.

Soit, pour notre exemple : CK = 0,48 + 0,04 + 0,11 = 0,63 €/km. Les péages ne rentrent pas dans le CK : ils dépendent de l'itinéraire, pas du véhicule (on les ajoute au réel de chaque opération).

Étape 2 : Le CC, terme horaire conducteur

Le CC, c'est le coût complet d'une heure de service du conducteur : salaire brut conventionnel, charges patronales, frais de route (repas, découchés), ramenés aux heures de service annuelles. Deux pièges classiques :

  • compter les heures de conduite au lieu des heures de service : l'attente au quai, le chargement, le hayon sont du temps payé ;
  • oublier les frais de route, qui ajoutent plusieurs euros à l'heure en longue distance.

Ordre de grandeur 2026 pour un conducteur poids lourd : 26 à 30 € par heure de service, charges et frais compris.

Étape 3 : Le CJ, terme journalier

Le CJ rassemble ce que le véhicule coûte par jour d'exploitation, même à l'arrêt :

  • matériel : amortissement ou loyer du tracteur et de la semi (ou du porteur), divisé par les jours exploités dans l'année ;
  • assurances : véhicule, marchandises transportées, RC ;
  • taxes : taxe à l'essieu pour les véhicules concernés ;
  • structure : la quote-part des coûts de l'entreprise (locaux, exploitation, gestion, informatique) répartie sur le parc.

Le diviseur compte autant que le numérateur : 230 jours exploités ou 200, c'est 15 % d'écart sur le CJ. Au référentiel CNR d'un 40 t longue distance, le terme journalier vaut 216,00 €/jour.

Le poste que tout le monde sous-estime dans ce terme, ce sont les charges de structure. Dans le simulateur de coût de revient publié par le CNR, elles pèsent 68,18 € sur un terme journalier de 157,12 €, soit 43 %. Autrement dit : un CJ construit avec l'amortissement, l'assurance et la taxe à l'essieu, mais sans la quote-part de structure, n'est pas un peu bas, il est faux de près de moitié. C'est l'erreur la plus fréquente sur les tableurs maison, et elle se voit rarement, parce qu'un coût de revient sous-évalué ne provoque aucune alerte : il provoque des devis gagnés et une marge qui manque à la fin de l'année.

Étape 4, Assembler : l'exemple complet

Un Lyon vers Paris en ensemble articulé 40 t : 465 km, 9 h de service, une journée, 96,00 € de péages. Aux valeurs du référentiel CNR et au gazole de juillet 2026, CK = 0,58 €/km, CC = 28,23 €/h, CJ = 216,00 €/j :

TermeCalculMontant
Kilométrique (CK)0,58 × 465269,70 €
Horaire conducteur (CC)28,23 × 9254,07 €
Journalier (CJ)216,00 × 1216,00 €
Péages (au réel)au relevé96,00 €
Coût de revient835,77 €
Prix de vente conseillé (marge 12 %)835,77 × 1,12936,06 €

Ces montants ne sont pas figés dans le texte : ils sont recalculés à chaque publication, au prix du gazole du mois. Un exemple écrit en dur serait faux dès la réindexation suivante.

Vous pouvez recalculer cet exemple à l'identique, et le passer à vos propres valeurs, dans le calculateur de coût de revient : c'est exactement la formule qu'il applique.

Le quatrième terme, dont personne ne parle

On dit « trinôme », et le simulateur officiel du CNR compte pourtant quatre lignes : aux trois termes s'ajoute un poste AU, « autre coût, lié au transport ou non, à inclure dans l'opération ». C'est là que se rangent l'escorte d'un convoi, une taxe de quai, un péage exceptionnel, la nuit d'hôtel imposée par un rendez-vous matinal, la manutention facturée par le site. Ces coûts ne se répartissent ni au kilomètre, ni à l'heure, ni à la journée : ils appartiennent à cette opération et à aucune autre.

Les oublier revient à les payer soi-même. Les diluer dans le CJ revient à les facturer à tous les clients, y compris ceux qui ne les provoquent pas, ce qui rend le tarif incompréhensible et la négociation impossible à défendre.

Le kilomètre parcouru ment, le kilomètre en charge dit vrai

Un coût de revient au kilomètre parcouru compte les kilomètres à vide comme les autres. Or les kilomètres à vide ne rapportent rien : ils sont un coût que seuls les kilomètres en charge peuvent rembourser. Le CNR publie les deux ratios, et l'écart est brutal : sur son exemple de référence, 1,4745 €/km parcouru contre 1,9660 €/km en charge. Le retour à vide renchérit le kilomètre utile de 33 %.

Concrètement : sur une relation aller chargé, retour vide, un prix négocié « au kilomètre » sur la base du coût au kilomètre parcouru vous fait travailler à perte d'un tiers, et cette perte ne se voit nulle part dans la comptabilité, parce qu'elle est répartie sur toute l'activité. C'est pour ça que le taux de retour à vide est le premier indicateur d'exploitation à regarder, avant même le prix.

Ce que le trinôme change dans la négociation

Un coût de revient décomposé transforme la discussion commerciale. « Votre prix est trop cher » appelle une réponse chiffrée : voilà le carburant, voilà le conducteur, voilà ce que coûte la journée de véhicule, et voilà pourquoi descendre sous tel prix revient à payer pour transporter. À l'inverse, il révèle les vraies marges de manœuvre : un retour chargé qui dilue le CJ sur deux opérations, des heures d'attente réduites au chargement, un itinéraire qui arbitre péages contre gazole.

Le trinôme donne le plancher. Ce qu'il ne donne pas, c'est le bon prix au-dessus du plancher, celui qui dépend de l'axe, du fret retour, de la saison et de votre taux de prise. C'est l'étage que Cotafret ajoute, en traçant le sort de chaque cotation envoyée pour piloter la marge axe par axe.

Du coût de revient à la cotation

Connaître son trinôme est la moitié du travail. Cotafret fait l'autre moitié : répondre à chaque demande avec un prix calculé dessus.

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