Cotation transport routier en Île-de-France
La région ne coûte pas plus cher parce que c'est Paris : elle coûte plus cher parce que la structure du coût s'y déforme. Voici les quatre écarts qui comptent, et de combien.
Ce qui change vraiment quand on cote en Île-de-France
Coter un transport au départ ou à destination de l'Île-de-France avec un barème national, c'est se tromper deux fois : une fois sur le coût, une fois sur le sens de l'erreur. La région ne coûte pas plus cher « parce que c'est Paris ». Elle coûte plus cher parce que la structure même du coût s'y déforme, et la déformation est chiffrable.
1. En Île-de-France, ce n'est plus le kilomètre qui coûte, c'est l'heure
La formule du trinôme CNR répartit le coût sur trois unités d'œuvre : le kilomètre, l'heure de service, la journée. Sur une longue distance, le kilomètre domine. En Île-de-France, il s'effondre et l'heure prend sa place.
Un exemple parlant. Aux valeurs du référentiel CNR et au gazole de juillet 2026, le terme kilométrique d'un ensemble articulé 40 t vaut 0,58 €/km et le terme horaire 28,23 €/h. Une tournée francilienne de 120 km étalée sur 9 heures coûte donc bien davantage en temps qu'en distance : le kilométrage ne paie pas la journée, et c'est exactement l'inverse d'un Paris vers Marseille.
Conséquence commerciale directe : un prix au kilomètre est structurellement indéfendable en Île-de-France. Le client qui compare votre tarif à un « prix au km » national compare deux choses qui ne se ressemblent pas. La seule réponse solide est un coût décomposé, où l'heure d'exploitation apparaît pour ce qu'elle vaut.
2. Le gazole y est plus taxé, et ça ne change rien à votre coût
Voilà un point que presque personne ne dit correctement, et qui vaut d'être connu quand un client francilien conteste une majoration carburant.
L'Île-de-France est la seule région autorisée à majorer l'accise sur le gazole au titre du financement d'Île-de-France Mobilités. Résultat : l'accise totale y atteint 62,64 €/hL contre 60,75 €/hL dans la plupart des autres régions. Mais le remboursement partiel accordé aux véhicules de 7,5 tonnes et plus suit exactement la même marche : 17,45 €/hL en Île-de-France contre 15,56 ailleurs.
Les deux se compensent au centime près, parce que le remboursement est défini comme la différence entre l'accise de la région d'achat et le taux professionnel, lequel vaut 45,19 €/hL partout. Un transporteur francilien ne paie donc pas son gazole professionnel plus cher qu'un autre, à condition de demander son remboursement au bon taux. Ceux qui appliquent le taux forfaitaire national sans le savoir laissent, eux, environ 1,90 € par hectolitre sur la table.
Le détail du mécanisme et la façon de le répercuter sont dans notre guide de l'indexation gazole.
3. Les grands axes au départ d'Île-de-France, chiffrés
Un prix se discute mieux avec un ordre de grandeur en tête. Nous publions le coût de revient calculé de la plupart des grandes relations françaises, distance et péages compris, recalculés au prix du gazole du mois :
- Paris vers Lyon
- Paris vers Marseille
- Paris vers Lille
- Paris vers Nantes
- Paris vers Strasbourg
- Paris vers Bordeaux
La liste complète est dans le référentiel des axes. Ces montants sont des coûts de revient, pas des prix de marché : votre prix de vente s'obtient en y ajoutant votre marge, et en tenant compte du retour. Ce qui nous amène au point le plus coûteux de la région.
4. Le retour à vide, qui décide de la rentabilité francilienne
L'Île-de-France est une région d'arrivée avant d'être une région de départ : les flux de consommation y convergent, et le fret repartant vers la province est plus rare que celui qui y entre. Le déséquilibre se paie au kilomètre à vide.
Le CNR chiffre cet effet dans son propre simulateur : un coût de revient de 1,4745 €/km parcouru devient 1,9660 €/km en charge dès lors qu'une partie du roulage se fait à vide, soit 33 % de plus sur le kilomètre réellement vendu. Un prix construit sur le coût au kilomètre parcouru, sans tenir compte du retour, fait donc travailler à perte sur toute relation déséquilibrée.
C'est la raison pour laquelle un aller Paris vers province et un aller province vers Paris ne se cotent pas au même prix, même à distance et véhicule identiques. Le sens du flux fait partie du coût.
5. Coter juste, sans y passer la journée
Rien de ce qui précède n'est théorique : chacun de ces points se traduit par des euros sur un devis. Mais les tenir tous, à chaque demande, sur des dizaines de mails par semaine, c'est le travail d'un outil, pas d'un exploitant qui répond entre deux appels.
Deux façons de commencer, l'une et l'autre gratuites. Pour calculer votre propre coût, poste par poste, le calculateur de coût de revient applique la formule du trinôme à six profils de véhicules, au gazole du mois. Pour construire un barème complet par zone et par tranche de poids, le générateur de grille tarifaire le fait en quelques clics, export Excel compris.
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